Pop Culture

Après l'amour, le mythe

Dans la peau et les vêtements de Jackie Kennedy, Natalie Portman incarne magnifiquement le rêve brisé d’un amour et d’une vie présidentielle.
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Par Julien Welter

Antibiopic par excellence, Jackie est un film de mystères. Quelle est la place du chagrin de la First Lady Jacqueline Bouvier Kennedy au cœur de la tragédie nationale que fut l’assassinat de son mari et président des États-Unis ? Ce portrait n’évoque ni le passé de cette icône des sixties en tailleur Chanel rose, ni sa seconde vie et son remariage avec l’armateur grec Aristote Onassis, encore moins les circonstances du drame survenu le 22 novembre 1963 à Dallas. Il se dédie aux jours qui l’ont suivi, durant lesquels Jackie choisit de surmonter son traumatisme et d’orchestrer les funérailles de son époux a fin de veiller au mieux à préserver l’héritage politique de ce dernier, ainsi que l’image moderne laissée par le couple présidentiel.

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Bande annonce de Jackie

Le cinéaste Pablo Larraín (auteur de Neruda, une relecture étrange de la vie de son compatriote Pablo Neruda, poète et cible du régime de Pinochet), adore visiblement subvertir ce genre de films hagiographiques et historiques qui encombrent les salles de cinéma. Mais il subvertit avec cœur, en humanisant Jackie sans la démythifier. Il montre comment, même brisée, elle se doit de maintenir son statut et continuer d’œuvrer à la fabrique de son mythe devant l’œil des caméras, de l’opinion publique à qui il faut donner l’exemple, et de son beau-frère Bobby, qui en sait bien davantage qu’elle sur les combines funestes de John F. Kennedy. Jackie est un film de hautes et grandes solitudes, résumées dans le regard de Natalie Portman, qui nous défie de penser qu’on peut connaître quelque chose d’elle. Sa Jackie emporte ses mystères et sa douleur lorsqu’elle doit vider les lieux avec ses enfants, quitter une Maison Blanche aux allures de maison fantôme. Elle laisse derrière elle une vie, une œuvre, une carrière, un amour et un homme (dont elle avouera cependant n’avoir pas partagé le lit depuis trois ans). Elle laisse un monde qui appartient aux vivants, et qu’elle avait conçu comme la cour du roi Arthur, un Camelot désormais évanoui. Exit le rêve, la colère et la confusion, place à la résilience. Étrangère à elle-même, Jackie la veuve n’a plus qu’une obligation : se réinventer. 

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