Lucia Silvestri : "Je parle avec les pierres"
Nous ne connaîtrons d’elle que la voix. Lucia Silvestri, directrice artistique de la maison Bulgari depuis deux ans, a dû annuler ses déplacements après une fracture du poignet. “Le gauche ! Et je suis gauchère.” Nous nous parlons donc au téléphone. Une voix. Ferme, chaude, enveloppante. “Ah, vous sentez comme je suis passionnée ?” s’enquiert-elle. Nous la rassurons. “La prochaine fois, vous viendrez. Il faut vraiment que vous sentiez l’énergie des pierres, dans mon bureau, à Rome.” Sentir, vibrer, aimer. Dans ce monde qui a longtemps marché à l’énergie masculine, elle glisse toute sa féminité. “Mais je sais aussi être masculine lorsqu’il le faut.” Car, non contente d’être créative, elle doit aussi faire ses preuves dans le business en tant que responsable, pour Bulgari, des achats de pierres précieuses. “Un univers où 95 % des acteurs sont des hommes. Il faut être ferme, dure parfois, mais surtout patiente. En fait je suis plutôt timide. Je ne montre pas mes émotions. Mais à l’intérieur je bouillonne.”
Cela fait trente cinq ans que Lucia Silvestri met sa fougue au service de la maison : “J’avais 19 ans quand je suis tombée amoureuse des pierres. Je faisais des études de biologie, j’avais un fiancé qui suivait des études de médecine, je ne me destinais donc pas à cela. D’ailleurs, je n’y connaissais rien. Mais j’avais quelque chose de fort avec les couleurs. Puis, quand j’ai rencontré Monsieur Bulgari, je venais passer un entretien pour remplacer une personne en congé maternité, je me suis sentie comme Alice au pays des merveilles, captivée. Je me suis trouvée à la bonne place au bon moment. C'est toute la magie de la rencontre.” L'histoire de la maison Bulgari est elle-même digne d'un roman picaresque, où l'on voit un héros orfèvre, arrivé de Grèce à la fin du XIXe siècle, amoureux des antiques bijoux étrusques, devenir joaillier et créer un style aussi reconnaissable que celui de mademoiselle Chanel dans la mode. Renaissance, néoclassique, Art nouveau, mais surtout ode à l'amour des pierres, à leur beauté ! Une passion que la maison Bulgari portera jusqu'à la place Vendôme, à l'aube des années 1970. Et cette histoire n’a jamais faibli.
Bien au contraire. Aujourd’hui, Lucia nous dit comment elle la partage : “Avec les pierres, je parle ; je leur dis bonjour. Je passe ma vie à leurs côtés. Du matin jusqu’au soir, elles m’accompagnent. Je ne m’en lasse jamais. Je les trouve belles quand elles ont de la personnalité. Vous allez me prendre pour une dingue.” Sûrement pas ! Mais pour une véritable Pasionaria. Une sorte d’héroïne moderne, qui communique sans réserve, partage, donne, milite pour la beauté, la puissance des gemmes. Une dernière question avant de raccrocher : ce dialogue viscéral avec les gemmes se poursuit-il lorsqu'elles deviennent bijoux ? La réponse est catégorique : “J’en porte tous les jours et sans modération. Je mixe les collections, je mélange les couleurs, les styles.” Qu’en est-il au moment même où nous nous parlons ? “Je porte une montre ‘Serpenti’, trois bracelets, deux pavés de diamants, un de saphirs. À la main droite, j’ai une bague ancienne en diamants. La gauche est punie pour cause de fracture mais, en temps normal, elle serait également en belle compagnie ! Autour du cou, un sautoir de la collection ‘Musa’ en améthyste et topaze. Enfin, des puces d’oreilles dépareillées, une en émeraudes, l’autre en diamants. On me dit souvent que c’est trop. Pour moi ce n’est jamais trop.”
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