Joaillerie

Le nouveau diamant rose de Harry Winston

D’un poids inouï de 18,96 carats, le Winston Pink Legacy, déjà surnommé le « Leonard de Vinci des diamants », brille désormais sur une bague qui célèbre la naissance, en 1896, de Harry Winston. L’occasion idéale de redécouvrir quelques-unes des pierres célèbres qui ont forgé la légende du « Roi des Diamants ».
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2,6 millions de dollars par carat ! Ce 13, novembre 2018, même les spécialistes les moins expensifs ont peine à retenir leur enthousiasme. Nous sommes chez Christie’s à Genève. La maison de ventes aux enchères propose un diamant rose de taille émeraude découvert il y a environ un siècle en Afrique du Sud. Sa couleur : l’une des plus prisée puisque la pierre s’est vu décerner par l’Institut américain de gemmologie le plus haut grade d’intensité de couleur, ce fameux « fancy vivid » dont rêve tous les collectionneurs. Sa pureté ? Parfaite : on a affaire ici à un diamant de type Iia, classification prestigieuse, généralement réservée aux diamants vieille mine, et qui atteste une transparence et une brillance exceptionnelles. Son poids lui aussi est inouï puisque la plupart des diamants roses pèsent moins d’un carat et que les diamants roses « fancy vivid » de plus de 10 carats sont d’une rareté absolue. Or le Pink Legacy, qui a appartenu pendant des décennies à la famille Oppenheimer, pèse 18,96 carats. Ces caractéristiques hors normes autorisent tous les espoirs de record de la part des observateurs. Ils ne seront pas déçus.

En 10 minutes, l’affaire est conclue. 10 minutes durant lesquels quatre enchérisseurs se disputent ce miracle minéralogique qui est finalement adjugé plus de 50 millions de francs suisses, soit 49,9 millions de dollars. François Curiel, qui dirige Christie’s en Europe parlera de record mondial tout en ajoutant : « Cette pierre est pour moi le Leonard de Vinci des diamants. »

La pierre est aussitôt rebaptisée Winston Pink Legacy, ce qui nous permet ainsi d’apprendre le nom de l’acquéreur. Qui d’autres en effet pouvait signer de son nom cette enchere spectaculaire ? Ce n’est un secret pour personne que la Maison Harry Winston perpétue avec énergie, sous l’impulsion de sa présidente Nayla Hayek, le gout de son fondateur pour les diamants d’exception. On ne compte plus les gemmes prodigieux acquis par Harry Winston lui-même, puis par Nayla Hayek, au fil des décennies. La liste serait trop longue pour être énuméré, d’autant plus que les historiens s’accordent pour affirmer durant l’ensemble de sa carrière, le joaillier né en Ukraine en 1896 fut le glorieux possesseur de plus d’un tiers des diamants les plus convoités au monde. On peut néanmoins en citer en citer trois qui se placent au sommet du podium des diamants les plus célèbre de la planète.

 

Le Jonker

 

Certains se souviennent peut-être des clichés publicitaires montrant la toute jeune Shirley Temple tenant à la main un étrange caillou transparent de taille imposante : c’était le diamant Jonker alors à l’état brut. Son poids : 726 carats. La pierre découverte par un colon sud africain de 62 ans en 1934 fut achetée à Londres par Harry Winston pour 150000 £. Le joaillier américain accepta gracieusement la demande qui lui fut faite de laisser la pierre en Angleterre jusqu’à la fin des célébrations du Jubilée d’Argent, 25ème anniversaire du couronnement du roi Georges V et de la reine Mary. 13 pierres fut extraites de ce brut extravagant. Le plus important de 125,35 carats, taillé en émeraude de 58 facettes (la taille préférée de M.Winston) conserva le nom de Jonker I. Il reste aujourd’hui encore l’un des diamants les plus parfaits au monde. Acheté par le roi Farouk d’Egypte en 1949, il rejoignit quelques années plus tard la cassette de la reine Ratna du Népal avant de faire une ultime apparition à Hong Kong lors d’une vente aux enchères en 1977 .

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Le Lesotho

 

Même aura de magie pour Le Lesotho. Une pierre brute de 601 carats découverte dans le pays qui porte son nom au cœur de mines aujourd’hui épuisées : les diamants sont aussi une leçon de géographie. Technologie oblige, le clivage de Lesotho fut cette fois ci diffusée à la télévision : le monde entier regarda avec émerveillement le processus qui conduisit à transformer le brut en 18 diamants extraordinaires ; l’un d’entre eux - le Lesotho III, diamant de 40,42 carats – devint tout simplement l’une des plus admirables bagues de fiançailles du siècle dernier : Aristote Onassis en fit personnellement l’acquisition auprès de M Winston pour l’offrir à Jacqueline Kennedy.

 

Le Vargas

 

Autre pierre d’anthologie : Le Vargas qui a une caractéristique intéressante puisqu’elle fut découverte, non pas en Afrique mais au Brésil, en 1938, par deux pauvres garimpeiros, dans la région de Coromondel. En hommage à son pays d’origine, la pierre prit le nom du président brésilien Getulio Dornelles Vargas (les diamants sont aussi un récit de diplomatie politique). Disons pour faire court que, de courtiers en syndicats, la pierre fut présentée à M.Winston vingt ans après sa découverte. Lloyds assura ce trésor contre le vol pour 750 000$ mais savez-vous comment Harry Winston - qui avait décidément les nerfs solides mais aussi beaucoup d’humour - expédia la pierre aux Etats Unis ? Tout simplement par colis affranchi. Cout : 0,70 $. Il nota alors : « Si ce n'est pas au US Post Office, à qui peut-on faire confiance ? ».

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Le Hope

 

Enfin, dernier exemple : le Hope. Tout a été dit sur cette pierre historique, certainement la plus célèbre au monde, très probablement du fait de ses origines illustres. On dit que cette pierre est maudite à cause de la destinée tragique de ses propriétaires successifs. Certaines de ces tragédies ne sont que des légendes plus ou moins romancées mais il est bien vrai que ce diamant bleu peut se targuer d’avoir une destinée prodigieuse. Il entra une première fois dans les annales lorsqu’il fut vendu à Louis XIV par le grand voyageur Jean-Baptiste Tavernier qui le ramenait des Indes ; à la Révolution Française, il fut dérobé au garde meuble national pour réapparaitre 22 ans plus tard, (le vol était alors prescrit) en Angleterre où il fut vendu au banquier Thomas Hope, et prit par la même occasion son nom définitif. Pierre Cartier le revendit au XXeme siècle à l’exubérante Evalyn Walsh McLean mais c’est à Harry Winston que revint l’honneur d’acquérir la pierre mythique une dernière fois afin de l’offrir, une fois pour toutes, au Smithsonian Institute de Washington D.C où elle bénéficie d’une pièce réservée depuis 1958. Preuve de l’irrésistible et universel attrait de la pierre auprès du public, Le Hope est aujourd’hui le deuxième objet d’art le plus visité au monde, juste derriere…La Joconde.

Le Winston Pink Legacy

 

Le Winston Pink Legacy rejoint ainsi la prestigieuse odyssée des diamants légendaires qui ont traversé l’histoire de la Maison Harry Winston. Achetée en 2018, la pierre revient sur le devant de la scène pour une occasion très spéciale : le 125eme anniversaire de la naissance de M.Winston. Pourquoi précisement ce diamant pour cet événement ? Peut etre parce que la joaillerie aime les symboles enfouis dans les chiffres. En effet, Winston Pink Legacy affiche 18,96 carats. Et Harry Winston a vu le jour en Ukraine…en 1896. Une aura de légende désormais accessible sur une bague en or et platine constellée de deux diamants latéraux taille shield.

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